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25 septembre 2011 7 25 /09 /septembre /2011 05:09

Irma, pas si douce              Par STÉPHANIE BINET

Elle a l’œil qui coule, Irma. Elle est allergique à son maquillage, dit-elle. «Comme quoi ! C’est pas pour moi.» Ce n’est pourtant pas grand-chose : un coup de crayon noir sous l’œil. Le reste du visage de cette jeune femme de 23 ans reste lisse, frais, un brin malicieux. Depuis quelques semaines, il est placardé un peu partout, un bonnet gris-bleu en plus.

Avec son allure à la Gavroche, elle colle parfaitement au décor du troquet de Montmartre où elle a choisi de rencontrer Libération, pas très loin de l’appartement où elle vit en colocation avec une copine. La Camerounaise Irma prépare deux rentrées, celle de son école de commerce, l’ESCP (1), où elle entame sa deuxième année, et celle de sa tournée de chanteuse à succès qui débute ce soir. «Heureusement, souffle-t-elle, les professeurs sont assez arrangeants, ils aiment bien les profils atypiques. J’irai en cours les lundis et mardis, en concert le reste de la semaine.»

Chanteuse, c’est comme le maquillage, elle pensait que ce n’était pas fait pour elle. «Je composais pour moi, mes copines, prétend-elle. Ça me permettait de décompresser des études.» Sa meilleure amie, Julie Dulac, aujourd’hui journaliste pour TF1, confirme : «Elle m’a toujours tenu ce discours :"Chanteuse, c’est pas un métier, c’est un truc pour les petites filles."»

En 2007, alors qu’elle est en première année de prépa, elle poste sur YouTube une vidéo d’elle en train de chanter Au suivant de Jacques Brel. Le fichier est trop lourd, elle n’a pas réussi à l’envoyer par courriel à Julie, rencontrée quatre ans plus tôt sur les bancs d’un lycée privé catholique dans le VIe arrondissement de Paris. Arrivée de son Cameroun natal, Irma y a été envoyée par ses parents pharmaciens avec sa jumelle et sa sœur cadette. Son frère aîné les a précédées. Les parents Pany, qui ont aussi fait leurs études à Paris, veulent que leurs filles, premières de leur classe au Collège français de Douala, «se mesurent à d’autres élèves du même niveau», explique le père. Pour l’aînée des filles, ça marche. Ses notes excellentes au Cameroun peuvent bien dégringoler à Paris, Irma s’accroche.

Cette reprise de Jacques Brel, Irma pensait que seule sa copine la regarderait mais d’autres internautes l’encouragent et la voilà piquée au jeu. Elle se choisit un pseudo, «Nevermind15071988», mélange du nom de l’album mythique de Nirvana et de sa date de naissance. Puis, elle se déguise pour que ses proches ne la reconnaissent pas, porte des lunettes, déplace la petite caméra de son ordinateur pour se filmer hors cadre. Toujours tirée à quatre épingles d’ordinaire, elle se coiffe afro pour reprendre I Want You Back des Jackson 5. Ses vidéos se retrouvent en une de plusieurs pages YouTube dans le monde, et les producteurs dénichent son téléphone. «J’écoutais les messages et j’effaçais, assure Irma. J’avais peur de ce milieu. Ce n’était pas dans mes plans de faire de la musique. Puis, le jour où je suis reçue à l’ESCP, je reçois un message de Michael Goldman, là, c’était un nom que je connaissais. Ma mère est fan de Jean-Jacques, alors j’ai rappelé.» Le fils du chanteur a créé un site participatif, Mymajorcompany, où l’on mise sur les artistes. La formule connaît un premier succès avec Grégoire, Irma sera le second. En un week-end, 416 producteurs décident de miser entre 10 et 1 000 euros pour produire cette prodige de 20 ans qui écrit des chansons sympathiques aux mélodies très simples. Elle récolte 70 000 euros en deux jours, un record toujours inégalé.

Cette passion pour la musique, c’est son père qui la lui a transmise. Christian Pany, 52 ans, se décrit volontiers comme un musicien frustré. Fils d’un fonctionnaire et d’une commerçante de Bangangté, petite bourgade à 250 km de Yaoundé, le jeune homme studieux s’achète une guitare avec ses premières économies : «Ma mère me l’a cassée, raconte-t-il. J’ai voulu montrer à mes filles qu’on pouvait faire les deux : réussir ses études et vivre sa passion.» Il inscrit les trois cadettes au piano. C’est Irma, 12 ans, qui lui chipe la guitare. Pharmacien-préparateur - il a ouvert un laboratoire à côté de la pharmacie de sa femme -, il n’a plus le temps de poursuivre son rêve. Irma prend le relais. A 13 ans, elle écrit sa première chanson, I Know, qui deviendra le tube de son album. Le texte semble évoquer une rupture amoureuse mais, c’est en fait au gouvernement de son pays qu’elle s’adresse : «Ma seule arme est cette chanson / Et je t’en prie tu n’auras pas besoin de chanter avec moi.» Elle se souvient d’un policier qui avait arrêté la voiture familiale, inventant un feu rouge grillé qui n’existait pas pour pouvoir les racketter : «Il avait fini par avouer qu’il n’était pas payé et qu’il ne pouvait pas nourrir ses enfants.» Irma culpabilise quand elle se déplace au consulat de France pour obtenir son visa d’étudiant pour «l’eldorado» : «Ça me fendait le cœur, de voir ces gens qui faisaient la queue depuis des mois pour venir en France.» Coupable d’être privilégiée. Dans ses chansons, elle reste pourtant à la surface : «Je suis en France, c’est facile pour moi, se justifie-t-elle, je regarde de loin.» De nationalité camerounaise, elle pourrait voter bientôt dans son pays, mais s’y refuse prétextant connaître déjà les résultats de la présidentielle. Elle se rattrape en lisant des enquêtes politiques, des livres philosophiques, la Condition de l’homme moderne de Hannah Arendt, la Françafrique de François-Xavier Verschave. Elle se promet de revenir après ses études pour développer le microcrédit, l’entreprenariat.

Irma est douce, peut avoir l’air «de ne jamais savoir dire non», selon Michael Goldman mais pourtant elle a refusé de voir son premier album lui échapper. Elle avait enregistré dans une chapelle d’Hudson, au nord de New York. Le producteur de Lenny Kravitz avait travaillé avec elle pendant deux mois. Cela n’a pas empêché Irma de tout recommencer à son retour en France pour des arrangements plus folk, plus simples. Elle devançait ainsi les mises en garde de Diam’s, dont elle assurait la première partie à l’automne 2009, en pleine polémique sur la conversion spectaculaire de la rappeuse à l’islam : «Elle me conseillait de m’accrocher à ma famille : "Tu vas voir, ça va aller très vite, ne te laisse pas bouffer."» Protestante, croyante et pratiquante, Irma n’a pas pour autant changé d’avis sur le voile et la burqa : «Pour moi, la foi, ça se vit de l’intérieur, en famille. On ne peut pas l’imposer aux autres.» Irma n’a plus l’œil qui coule à la fin de l’entretien mais s’inquiète sur sa vie amoureuse : «C’est compliqué, c’est dur quand on est un artiste toujours sur les routes. Pourtant on rencontre des gens tous les jours mais bizarrement… je n’ai pas laissé de place pour rencontrer vraiment quelqu’un. Ça ne me rend pas triste, mais c’est con.» Irma ne pleure pas de toute façon, elle sourit presque tout le temps.

(1) Ecole supérieure de commerce de Paris.

 

Irma en 5 dates

15 juillet 1988: Naissance à Douala (Cameroun).

Août 2003: Arrivée à Paris pour suivre ses études.

29 septembre 2008: Récolte 70 000 euros sur le Net pour produire son album chez Mymajorcompany.

28 février 2011: Sortie de Lord to The Letter.

24 novembre: Concert au Trianon, à Paris.

 

Alors si vous avez l'occaz d'écouter et de me dire un peu ce que ça donne, merci d'avance!

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